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"Vittoz et le handicap"
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" Comment la Méthode Vittoz peut-elle aider la personne handicapée physique ? " par Dominique Touroul-Chevalerie, Thérapeute Vittoz.
Pourquoi ce sujet ? Pourquoi ai-je tenu à vous en entretenir ?
Les circonstance de la vie m'ont amenée à
m'ouvrir et à m'intéresser aux personnes blessées
dans leur corps parce que, moi aussi, pendant une période de ma
vie, j'ai entendu : " tu n'es plus une personne, tu es une malade "...
et, j'ai endossé l'habit d'handicapée dont j'avais
hérité.
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La douleur, la fatigue, le découragement auraient pu
avoir raison de moi mais, j'ai choisi de rebondir, en m'appuyant sur
une partie de moi qui était intacte : la Confiance, la Foi en la
vie, avec l'aide de la Méthode Vittoz et de différents
thérapeutes.
D'où vient ce nom "Vittoz" ?
Le Docteur Roger Vittoz (1863-1925), né à
Morges, fit ses études à l'Université de Lausanne,
et les poursuivit à la faculté de médecine de
Genève où il fut reçu médecin.
Contemporain de Freud, le Dr Vittoz a voulu travailler sur le "conscient" pour le consolider ou le reconstruire.
Sa Méthode soigne la dimension psychique en utilisant le canal du corps, la sensorialité.
Méthode de rééducation de l'activité
cérébrale : le Dr Vittoz découvre que le cerveau a
deux fonctions principales, l'émissivité et la
réceptivité.
Le cerveau reçoit des informations = réceptivité.
Le cerveau traite ces informations et émet d'autres informations = émissivité.
La base de la Méthode sera donc de
rééduquer ces 2 fonctions et de les équilibrer
afin d'obtenir un bon contrôle cérébral.
La personne s'entraînera ainsi à un accord
réajusté avec elle-même, avec les autres, et ceci
face aux évènements.
Qui pouvons-nous aider avec cette Méthode ?
Toute personne choisissant de vivre le mieux possible le moment
présent, quels que soient les évènements, les
perturbations, souffrances physiques ou psychiques, et ce, par un
RE-APPRENTISSAGE DE LA SENSATION.
Toute personne choisissant de VIVRE AUTREMENT en devenant l'ARTISAN de son mieux-être.
Nous verrons ultérieurement comment il est possible de se sentir guéri, même si notre corps nous abandonne.
La Méthode Vittoz est une méthode de reconstruction de soi, par soi, avec l'aide de thérapeutes.
Ici, nous nous intéresserons plus particulièrement à la personne handicapée physique.
Qu'entendons-nous par handicap ?
A un degré ou à un autre, ne sommes-nous pas tous handicapés par quelque chose ?
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- Je suis handicapé parce que j'ai une extinction de voix, je suis cantatrice et je ne peux plus chanter,
- Je suis handicapé parce que je souffre de sciatalgie et je ne peux plus lacer mes chaussures,
- Je suis handicapé parce que ma moto a dérapé
dans un virage et je me retrouve tétraplégique,
- Je suis handicapé parce que j'ai une sclérose en
plaques ou toutes autres maladies du système immunitaire,
- Je suis handicapé parce que j'ai des cicatrices sur le visage et je sens le regard des autres sur moi,
- Je suis handicapé parce que le sommeil m'abandonne de plus en
plus, et je deviens de moins en moins performant dans mon travail,
- Je suis handicapé parce que je suis atteint de la maladie de
l'alcool, quelles qu'en soient les raisons : passé douloureux,
dettes à payer (conscientes ou inconscientes),
difficultés physiques ou psychiques, pôles enzymatiques
perturbés...
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Nous pourrions tenir compte ausi du handicap lié aux
blessures de l'enfance : tous ces traumatismes qui induisent des peurs
dans ma vie d'adulte, qui inhibent ma créativité et
m'empêchent de bien vivre le moment présent.
La liste pourrait être longue et d'autant plus si nous prenions
en compte le handicap mental, mais ce n'est pas le sujet de ce propos
aujourd'hui.
La personne handicapée est en souffrance : elle souffre dans son corps, son coeur et son psychisme.
Quel que soit l'origine de ses maux, la personne mérite
d'être considérée justement comme UNE PERSONNE, et
non comme une malade ; elle mérite d'être
respectée, d'être aimée, de retrouver sa
dignité.
"Tous ceux que la vie a blessés dans leur corps ou dans leur
esprit ont le droit d'être reconnus dans leur différence,
dans leur dignité et dans leur désir d'autonomie quelles
que soient leurs limites". Serge Tisseron.
Quel que soit le handicap ressenti, celui-ci devient un empêchement à vivre, une source de souffrance.
Mon corps me trahit, m'abandonne...
Je n'ai plus de prise sur lui, je ne peux plus compter sur lui,
m'appuyer sur lui, tenir debout grâce à lui, gagner ma vie
(parfois), chanter, danser, nager...
Je deviens triste, vulnérable, irritable...
J'en veux à la terre entière : à moi-même
parce que je n'ai peut-être pas été assez prudent,
aux autres, au monde médical, à Dieu, au chat qui passe...
Tout devient source de conflit, de douleur exprimée ou retenue...Et pourtant :
N'y aurait-il pas un moyen de faire AUTREMENT ? ...de VIVRE AUTREMENT, AVEC ce handicap ?
Quelle réponse peut apporter la Méthode Vittoz ?
Les moyens à notre disposition sont vastes, les exercices
simples de la Méthode, isolés ou juxtaposés,
permettent un mieux-être, une détente, un soulagement de
la douleur, un retour à la joie, à l'unification de tout
notre être...
Un livre entier serait nécessaire pour développer chacun
de ces exercices et ses bienfaits ; je me contenterai donc de citer les
plus adaptés à la personne handicapée :
Apprendre à s'ouvrir pour pouvoir ACCUEILLIR ce qui est là, à chaque instant et le recevoir.
Est-ce facile ? Non. Prenons un exemple :
Que fait l'escargot quand un danger ou un obstacle arrivent ?
Il se rétracte, rentre dans sa coquille, se protège dans sa carapace...
Il se sent à l'abri, certes, mais : peut-il voir ? Entendre ? A peine...
Sentir ? Encore moins.
Aller chercher sa nourriture ? Non.
Peut-il vivre longtemps ainsi ? Non.
Quelle peut être son issue ?
OSER, RISQUER un regard vers l'extérieur : est-ce que je suis en sécurité ?
Est-ce que je peux faire confiance à l'environnement qui me semblait hostile ?
Est-ce que je peux lâcher toute crainte et me défendre
pour m'ouvrir à l'extérieur, me déployer...
De façon à accueillir l'air frais, le sol humide qui me
permettra de glisser jusqu'à cette nourriture qui me fait VIVRE ?
Pour nous, c'est la même chose : pour recevoir notre
nourriture et vivre - la réceptivité est de la
"nourriture" pour nos cellules nerveuses - il est nécessaire de
se sentir à l'aise, en sécurité, afin de pouvoir
lâcher les tensions, s'ouvrir, accueillir et recevoir ce qui nous
est offert.
S'OUVRIR, RECEVOIR à travers les 5 sens = RECEPTIVITE.
Etre réceptif, c'est ACCUEILLIR, c'est S'OUVRIR
à LA VIE ; c'est SENTIR SIMPLEMENT, s'ouvrir, accueillir ce qui
vient à soi, sans chercher...Accueillir le REEL, sans juger.
La réceptivité permet la détente
cérébrale qui induit la détente musculaire car
elle neutralise la tension nerveuse.
PRENDRE CONSCIENCE DE SON CORPS : prendre conscience de son
espace corporel, de l'espace que l'on occupe, de SA place, sentir que
l'on EXISTE, sensations cénesthésiques ( impression
globale des sensations internes ), sensations kinesthésiques (
perception consciente de la position et des mouvements des
différentes parties du corps ).
Prise de conscience qu'une seule partie de mon corps peut être atteinte.
L'idée de la douleur peut être UNE sensation parmi les autres sensations.
Je ne suis pas que douleur ou que soufrance...
Le reste de mon corps est INTACT.
Quelle est la " P. P. C. P." que je puisse faire ( la "Plus Petite Chose Possible" ) ?
Les ACTES CONSCIENTS : SENTIR l'acte, non le penser, l'analyser, le
VIVRE, COLLER à mon acte pour qu'il n'y ait plus de place pour
quoi que ce soit d'autre.
Les actes conscients calment, rassurent : CHOISIS, DECIDES, ils
permettent d'affirmer ma volonté, de ranimer mon énergie,
de me redonner confiance en moi.
La CONCENTRATION : faculté de pouvoir fixer sa
pensée sur un point donné, de suivre le
développement d'une idée sans se laisser distraire...La
concentration procure donc le repos puisqu'elle évite les
distractions et toutes pensées parasites.
La juste DISTANCE : par rapport aux objets, aux personnes, aux
évènements. L'autre existe, tel qu'il est, dans sa
différence, dans son espace de liberté à lui, et
moi aussi, j'EXISTE, tel que je suis, dans ma différence, dans
mon espace de liberté.
La VOLONTE : le Docteur Vittoz définit la
volonté comme " une FORCE, une ENERGIE spéciale propre
à chaque individu", "ouvrir le robinet d'un réservoir
d'énergie", disait-il.
Prendre conscience donc de cette énergie qui m'habite et comment je peux l'utiliser...
En tenant compte des 3 conditions de la volonté :
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1- Savoir ce que l'on veut,
2- Possibilité de ce que l'on veut,
3- Sincérité et vérité du vouloir.
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QU'EST-CE QUE JE VEUX ? QUEL EST MON DESIR ?
Tous ces exercices constituent le traitement fonctionnel de la Méthode Vittoz.
Ensuite ou parallèlement, un traitement psychique peut être proposé :
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La personne sera amenée à accueillir ce
qu'elle ressent, à entendre ce que son corps lui dit, ce qui est
touché en elle...
A l'exprimer...
Puis à choisir ce qui est bon pour elle.
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" On peut être touché mais jamais entamé ", dit Vittoz.
Apprendre à écouter, regarder, toucher, sentir, goûter...
Se réapproprier tous ces minuscules bonheurs qui peuvent donner : un SENS à NOTRE VIE.
Un schéma pourra servir de conclusion :
___*__________________________ *____________________ I____I____ I __________->
Naissance
Handicap
Handicap + ou - proche de la naissance. Est-ce que je choisis
de m'arrêter là, de rester "englué" dans cet
état que je subis ?
Ou : est-ce que je CONSENS A vivre avec, en choisissant la VIE, en allant vers un but, en donnant un SENS à ma vie ?
Et dans ce cas : quel est le petit pas que je peux FRANCHIR ?
Quel est le petit acte que je peux poser ?
Victor Franckl a pu survivre aux camps de concentration en
donnant un SENS à sa vie, même dans des conditions
insoutenables et il a créé la "logothérapie".
Rainer Haak a écrit une brochure : " Dans la maladie, le silence est une parole ",
et il cite : " Dans le silence de la maladie, je me pose des questions
et j'écoute... Je m'interroge sur les causes profondes de ma
maladie. Je m'interroge sur ce qui compte à mes yeux et sur ce
qui me fait du bien".
Marie-Hélène Boucand, médecin atteint
d'une maladie rare témoigne dans son livre : " Le corps mal
entendu ", de sa confiance, de son combat pour laisser émerger
tout ce qu'il y a de vivant en elle et repousser les limites de la
maladie rare qui la touche.
Dans son livre : " Obsession et neurasthénie ; la
Méthode Vittoz ", A. Junod nous cite : " Son champ d'action
consenti à la maladie, lui fixer que l'extrême limite
c'est le cerveau ; là, elle ne doit pas passer.
Que faire pour cela ? Du contrôle.
Et doucement, malgré la fièvre, la douleur, sentir le
calme, la confiance en soi, le contrôle, sa volonté, faire
de la réceptivité, envoyer des influx nerveux, sentir
enfin sa liberté en face du mal : il me mutilera, il me tuera
peut-être, c'est son métier, qu'il le fasse ; quant
à mon âme, le sien est de vivre...
Donc, la voile à la confiance et à l'espérance. Le
temps de la maladie n'est pas un temps d'arrêt pour le
contrôle, au contraire, ce doit être un temps de vie
intérieure et de victoire."
"Si l'homme extérieur en nous s'en va en ruines,
l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour". (Epitres de St
Paul aux Corinthiens).
Si nous nous sentons impuissants devant cette maladie qui nous
ronge, n'est-il pas possible de lui dire : "O. K. tu es là, mais
MOI AUSSI, JE SUIS LA et il y a une parcelle de moi que tu n'atteindras
jamais".
Cette acceptation et ce combat ne sont envisageables que si la personne
handicapée physique est passé par les différentes
phases :
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- le déni,
- l'isolement,
- la colère,
- le marchandage,
- peut-être la dépression,
- pour arriver petit à petit à l'acceptation.
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CONSENTIR = "sentir avec" : je consens à ce qui m'arrive mais je ne baisse pas les bras.
JE MOBILISE TOUTES MES FORCES pour me dégager de l'invasion de cette maladie.
Je ne me résigne pas, mais j'accueille la réalité
qui va permettre toute la mise en oeuvre de la thérapie.
C'est à ce moment que le thérapeute de la
Méthode Vittoz pourra "prendre soin" de la personne et l'aider
à traverser sa souffrance : par des exercices simples,
répétés comme des gammes sur le piano, et puis,
par un traitement psychique éventuellement :
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Qu'est-ce que je sens là ?
Qu'est-ce qui est touché en moi ?
Qu'est-ce que mon corps me dit ?
Qu'est-ce que je peux, veux faire pour aller mieux ?
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Il est POSSIBLE d'aller mieux, de se réconcilier avec soi-même, avec son corps...
Il est POSSIBLE d'être heureux...
Et, même lorsque les limites du corps souffrant demeurent, il est
possible, cependant, de trouver un espace de liberté
intérieure pour s'ouvrir aux autres, à l'environnement,
à une fleur, un sourire d'enfant, une odeur, même pour un
court instant.
Des chemins s'offrent à nous pour rester bien portants. Il est
de notre responsabilité de les découvrir, afin de les
utiliser à notre avantage.
"Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive, mais nous sommes responsables de ce que nous en faisons".
Voltaire, lui, nous confiait : "J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé".
Est-ce seulement réservé aux autres ?
Pouvons-nous choisir d'être en meilleure santé pour
être plus heureux, ou d'être plus heureux pour être
en meilleure santé ?
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