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La Réceptivité, par Danielle Gréhant.
Plan
1) Les différents niveaux de réceptivité.
2) Les étapes au cours de la cure Vittoz.
3) Quels peuvent être les obstacles à la réceptivité ?
4) Les résistances ?
5) Les effets de la réceptivité
- pour soi
- dans notre relation à l’autre, au monde |
6) L’attitude du thérapeute. |
LA RECEPTIVITE… Sans moi… peut-être… mais jamais sans JE .[1] |
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1. Les différents niveaux de réceptivité :
La réceptivité est à la base de la structuration de « JE », puis de ce que Antonio Damasio appelle le sentiment de soi. (Antonio Damasio, neurobiologiste, propose une théorie permettant d’expliquer en termes biologiques le sentiment de soi.
Pour lui, il peut yavoir conscience de ce qui nous entoure sans être « là », quand il y a détérioration de cette conscience…
Que c’est le sentiment de soi intimement lié à l’esprit conscient qui permet à l’homme d’être « là », c’est à dire relié au monde extérieur.)
A différents niveaux, la réceptivitépermet l’ouverture de la conscience qui relie le soi au monde.
A chaque niveau de conscience il y a connaissance nouvelle quipermet peu à peu de sortir de l’ignorance et d’entrer dans l’intelligence de chaque instant, ce qui permet alors d’être aussi dans l’instant du choix et de la responsabilité, donc du sens à donner à sa vie.
1.1 La structuration du « JE » :
JE « reçois » le monde dans lequel je suis.
Avec mon corps, mes organes des sens, je vois, j’entends, je sens, je goûte, je touche « parce que » il y a quelque chose à voir, entendre, goûter, humer, toucher !
Peut-on imaginer un monde où il n’y aurait rien à voir, à sentir, à goûter, à toucher, à entendre !
Que deviendrait « JE »?
Je peux recevoir parce que quelque chose s’offre à moi.
L’extérieur me construit, me fait être. « JE » ne se construit pas tout seul !
Cette constatation me ramène toujours à un peu plus d’humilité !
Blanc, bleu, chaud, froid, rugueux, lisse, fort, doux…
Le monde s’offre à moi dans sa complexité, sa grandeur, sa beauté, son mystère. Je le reçois, j’en fais l’expérience…
Dès la naissance, le petit d’homme acquiert, grâce à ses appareils sensoriels, une somme d’informations qu’il met en mémoire.
Le monde, à l’extérieur, est le non-soi que j’intègre, petit à petit, pour en faire du soi.
Le langage permet ensuite de nommer les choses .
Par le langage, je nomme les différents ingrédients de la conscience.
Il est la symbolisation de ce que je reçois, de ce qui vient à ma conscience. ( Le langage ne précède pas la conscience.)
L’accueil est sensible (sensoriel) ET sensuel, c’est-à-dire informatif d’abord au service de mon intelligence puis soumis à mon affectivité que je ne peux éliminer.
Les « informations » que je reçois de l’extérieur passent toujours par la zone émotionnelle.
Conscience et émotion ne sont pas séparables.
Quand la conscience est détériorée, l’émotion l’est aussi.
Je peux prendre conscience des émotions, mais je peux aussi les refouler.
Si je prends l’habitude de ne pas « nourrir » suffisamment cette zone émotionnelle, d’en prendre conscience, de la « parler », (utilisation trop grande des jeux vidéos violents, apprentissage professionnel du meurtre légal dans les professions liées à la défense ou sécurité), il y a développement d’un arc réflexe : une recherche de nourriture « artificielle » comme la drogue, l’alcool, les émotions fortes par le goût du risque, etc… peut se mettre en place par compensation.
Enfin, il faut aussi considérer que la façon dont je reçois le monde dépend aussi de la manière dont moi-même je suis reçue par le monde ! Et que ce que je reçois de l’autre est souvent le reflet de « comment j’ai été reçu par lui » !
1.2 Le sentiment de soi :
Vous écoutez ce que je dis, vous me voyez, vous pouvez sentir ce que cela génère en vous comme sentiment ou émotion… Vous savez que c’est vous et non pas quelqu’un d’autre qui écoute, voit et sent.
Cette présence à soi-même dont parle Antonio Damasio, est bien là, depuis le moment où l’on s’éveille jusqu’au moment où l’on s’endort.
Elle fait que chacun et chacune d’entre nous a cette capacité de réceptivité, mais qu’elle est unique pour chacun.
C’est moi qui… sens, vois, entends, ressens, etc.
Je ne sens pas comme mon voisin.
La réceptivité renforce cette présence à soi, ce sentiment de soi, et accompagne cette ouverture de la conscience dont je vais parler maintenant.
1.3 L’ouverture de la conscience :
La conscience de « je suis » au monde, «colorée » par le fait que je suis « unique », qui aboutit au sentiment de soi, est la structure mentale intégrée qui relie Soi au monde.
Relier : voilà, il me semble, un verbe important. J’y reviendrai plus loin.
L’ouverture de la conscience se fait petit à petit, il y a des degrés, des niveaux, des « champs de conscience » au fur et à mesure de notre évolution intérieure.
On pourrait penser que l’ouverture du champ de conscience de l’homme accompagne, de concert, le fil du temps qui s’écoule entre sa naissance et sa mort.
Ce n’est pas si simple.
L’Homme est AGI par tout un potentiel d’énergies.
Son inconscient « vit » en lui.
Marqué aussi par le collectif, le familial… il est le tyran qui, très souvent, le mène par le bout du nez.
Son monde des pensées, du mental, le maintient, aussi, en une espèce d’esclavage dont il ne sait pas toujours se libérer.
L’homme, souvent, n’est plus relié à ce qui l’entoure, il est « coupé » de ses racines, il est en « exil de lui-même ». Il a des yeux et ne voit pas, des oreilles et il n’entend pas.
L’ Homme « oublie »… Il oublie cette qualité essentielle, c’est qu’il peut recevoir ce qui s’offre à lui.
Il reçoit d’un ailleurs à la fois proche et lointain, les informations nécessaires, et jamais suffisantes, (voir le dessin : on a toujours quelque chose à découvrir, d’une situation, d’une personne, de soi, du monde…) pour grandir, s’accomplir, donner un sens à sa vie.
L’Homme est IN-FINI.
De même en est-il de la réceptivité : inépuisable, infinie, toujours à notre service, pour peu que, comme le bonheur de la chanson, on ne la laisse pas « filer »…
1.4 Passer de l’ignorance à la connaissance :
La connaissance n’est pas seulement intellectuelle, livresque ou « façonnée par telle ou telle perspective canonique ».
Elle est aussi et surtout, expérience personnelle, appropriation de soi.
Ma colère, ma joie, je peux en parler bien sûr…
Mais surtout, en réceptivité, je peux les sentir, dans ma chair, dans mes tripes !
La réceptivité permet l’acquisition de cette connaissance presque cellulaire, intérieure, intimement liée à ce que je suis.
Elle permet l’élaboration d’un 6ème sens, né de l’enrichissement des 5 autres, qui permettra de dire : « …parce que je le sens », et non pas : « parce que je le sais ». Elle permet de voir l’invisible derrière le visible, d’entendre ce qui ne se dit pas.
La réceptivité ne rend pas plus « savant », elle nous fait devenir sujet.[2]
Elle permettra - petit à petit - de conquérir des terres nouvelles, de découvrir un peu de lumière dans nos ténèbres, et de pouvoir donner, parce qu’on aura reçu et intégré.
« C’est dans cet état qu’on arrive à percevoir ce que nos sens ne nous apprennent pas, à savoir les vibrations profondes des êtres ou des éléments naturels, que nous pourrions appeler leur vitalité ; et découvrir des faits, dont on laisse en général la perception aux artistes, tels que le rythme et l’harmonie.
Quand on a découvert cela, on est obligé, pour s’exprimer, de changer de langage. » [3]
Ouverture de la conscience
Les niveaux de Langage
2. Les étapes au cours de la cure Vittoz :
En écrivant ce titre, et en me posant quelques instants, j’ai pensé : y a-t-il vraiment des étapes au sens « cartésien » du terme ? Peut-être des passages , des naissances , des re-naissances, donc forcément des petites morts aussi !
Nous pourrions dire que la réceptivité aux actes, aux émotions, aux idées, aux états, conduit à une attitude réceptive qui fait partie de soi.
Notre capacité à être réceptif est plus ou moins grande, variable selon notre état intérieur, soumise à des obstacles, des résistances, nous le verrons tout à l’heure.
Quand nous proposons une rééducation de la réceptivité à nos patients, nous comprenons bien que c’est « pas à pas », que le temps est un facteur incontournable.
Nous avons vu que c’est « JE » qui vois, entends… sens, qui reçois dans sa « maison corporelle ».
Au fil du temps, apprendre à « connaître » cette maison, à reconnaître ce qui l’habite.
Il est nécessaire parfois « d’apprivoiser » notre corps, compagnon de notre vie !
Ne jamais forcer, lui faire confiance.
Accepter ses refus, ses limites.
Nous pouvons être de plus en plus réceptifs aux changements, à l’évolution de notre corps, à nos « possibles corporels ».
Plus de stabilité, plus de verticalité.
Comme si chaque vertèbre était l’image du champ de conscience nouveau acquis par ce travail de réceptivité.
La réceptivité est donc aussi participante d’une verticalité plus subtile et intérieure à l’image de la verticalité corporelle ressentie.
L’Homme peut se re-dresser, extérieurement mais aussi intérieurement. ( rappel étymologique : « instant »→ In-stare→ se dresser)
Les exercices de réceptivité sensorielle, réceptivité aux idées, aux émotions qui m’habitent, ne sont pas un moment et un seul de la cure !
Ils sont le fil rouge de la cure.
Jamais vécus de la même façon, ils participent à cet élargissement de la conscience qui m’ouvre à l’univers du dehors et du dedans.
Et si parfois, nous avons l’impression de « patiner », accueillir cette « étape » comme étant l’expression d’une sagesse intérieure qui nous échappe.
« Le développement de la conscience n’a peut-être pas de limite, mais il faut reconnaître qu’elle tend à s’adapter dans une certaine mesure aux conditions spéciales de l’individu ; instinctivement celui-ci l’arrête dans sa progression pour maintenir un certain équilibre entre ses actes et sa pensée. » [4]
Le cœur… et j’ajouterai le corps, (excusez-moi, Blaise Pascal) a ses raisons que la raison ignore…
Je peux faire un travail de réceptivité autour d’une situation déjà et souvent évoquée…
Je peux me dire : ENCORE…
Et pourtant…
A chaque fois l’instant est nouveau, le regard, l’entendement aussi…
Ca bouge en moi…
Comme la graine évolue sous terre, un travail « sous-terrain » se fait à mon insu.
La mer ne polit pas le galet en un jour !
3. Les obstacles à la réceptivité :
3.1 La souffrance corporelle :
Un minimum de « confort » corporel est nécessaire pour vivre les exercices de réceptivité.
Quand la douleur est trop forte, on n’est pas suffisamment « disponible ».
La perception de la douleur l’emporte.
Certains exercices préconisent d’ « accueillir » un endroit du corps où l’on est bien…
Est-ce toujours possible ?
Une concentration souple sur un travail plaisant pour la personne, peut parfois mieux aider à supporter la douleur.
3.2 Des émotions très fortes :
Angoisse, colère, peur, peuvent « bloquer » la réceptivité.
Le patient est comme sidéré, paralysé.
3.3 L’émissivité débordante :
Le patient est parfois complètement « pris » par un problème difficile à résoudre, une situation particulièrement difficile à vivre.
Il a « besoin » d’abord de déposer son fardeau.
Entendre ce besoin du patient est nécessaire et prime sur notre souci de faire les exercices.
Une de mes patientes, en début de cure, ne pouvait pas lâcher ses pensées, se mettre en réceptivité, se détendre, respirer… tant qu’elle n’avait pas exprimé ce qui l’habitait.
Petit à petit, elle a pu faire des « entractes de réceptivité »…
Comme le point final d’une phrase !
Elle savait qu’on reviendrait à ce qui était à entendre pour elle.
Puis, elle a pu lâcher plus facilement ce tourbillon mental pour être réceptive à ce qui venait « d’ailleurs »…
Elle a commencé à se rendre disponible à ce qui pouvait surgir du « hors-limites-connues » !
Cet obstacle peut devenir une résistance si le patient se réfugie dans le discours pour échapper à la sensation.
3.4 Un handicap physique ou un vécu impactant :
Se renseigner sur le passé médical du patient nous amène à connaître certains handicaps qui ne lui permettent pas de travailler tous les exercices de réceptivité que l’on connaît : perte d’odorat à la suite d’un accident, présence d’acouphènes, insensibilité dans un endroit précis du corps, ou une difficulté physique particulière.
Mais aussi : troubles de la perception causés par l’alcool ou la drogue, certains médicaments, troubles psychiatriques légers, vécu d’une emprise sectaire, etc.
Cette connaissance nous permet de mieux orienter notre travail.
3.5 Des croyances, des idées chères, des principes… :
Chacun porte en soit une « opinion », sur lui-même, sur le monde, sur sa façon d’être au monde, de mener sa vie. Selon cette opinion, chacun se fait une idée de sa force et de ses possibilités. (Alfred Adler en parle dans son livre : le sens de la vie). On raisonne souvent en terme de : c’est bien, c’est mal , c’est permis, c’est défendu… On travaille « consciencieusement », on fait certaines choses pour se donner bonne conscience.
Quand la vraie conscience commence à s’élargir, on se heurte parfois à ces fameuses croyances…
« Prendre ¼ h pour moi, pour me faire du bien, pour ne rien faire !
Vous n’y pensez-pas !
Que penserait mon mari qui dit : je travaille MOI ! ».
Cette patiente s’occupe activement toute la journée parce qu’elle croit que c’est son devoir.
« Ce n’ est pas bien de se plaindre… Il y a tant d’hommes qui souffrent » disait une autre. »
« M’activer, penser à trouver des solutions pour les uns, les autres, pour moi, me fait sentir que je suis forte !
M’arrêter pour sentir, arrêter de penser, faire silence, pour moi, c’est de la faiblesse ».
Cette patiente n’est venue qu’une fois.
« Une femme ceci… Un homme cela… Dire non… On doit…Il faut… Il ne faut pas… La politesse… Etre gentil… etc… etc… ETC ! »
Certaines croyances tellement ancrées en soi, sont comme des forteresses dont les murs mettent parfois bien du temps à se lézarder !
4. Les résistances :
Quelques résistances sont communes à beaucoup de patients.
Il en est de plus « personnelles », inhérentes à l’histoire de chacun.
4.1 Résister par peur de la solitude :
Quitter le monde du sensationnel proposé par la société d’aujourd’hui pour entrer dans le monde de la sensation, c’est faire l’expérience de la solitude du ressenti.
C’est moi et moi seul(e) qui sens, qui sais ce que je sens, qui en ai la connaissance.
Il y a parfois, au début, un ennui, un « vide » qui surgit, un affolement pour certains.
« C’est affreux, me disait une patiente, si j’arrête de penser à mes enfants, je crois que je vais les perdre ! »
« Le manque de référence habituelle à l’émissivité, fût-elle absurde, ou la soudaineté d’une sensation peut créer l’affolement », dit Louise Bron-Velay dans « Le conscient chez Vittoz » p.83
Mais c’est découvrir ensuite que la solitude n’est pas l’isolement.
C’est le grand rendez-vous avec soi-même. Retrouvailles attendues mais parfois redoutées.
4.2 Craindre le manque :
Ce vide dont nous parlions précédemment, est vécu comme un manque.
Rempli d’un bavardage intérieur ET extérieur, gavé d’images, occupé à faire mille et une choses, l’homme pressé, pressurisé, dit ne pas avoir le temps de souffler.
Et quand par hasard, il a du temps pour se poser, il peut ressentir un état de manque insupportable.
Le silence intérieur qui s’installe en réceptivité n’est pas vécu comme un espace où « toutes choses peuvent être nouvelles » mais comme une perte, comme si on était amputé de quelque chose.
La réceptivité ne nous ampute pas de quelque chose, elle creuse en nous l’espace de désir pour nous faire plus vivants.
4.3 Peur de l’inconnu :
Ma souffrance, mes difficultés, mes problèmes, je les connais.
Elle sont parfois des béquilles qui me servent !
Quitter ce que je connais, même si c’est inconfortable, est quitter le connu pour l’inconnu.
Entrer en contact avec cette part de moi-même que je ne connais pas encore peut paraître dangereux, angoissant, voire destructeur.
Surtout quand la réceptivité me fait prendre conscience de ce qui « parasite », de ce qui m’empêche d’être épanoui dans mes relations avec des proches.
La remise en cause de ma façon de fonctionner remet aussi en cause l’équilibre installé entre JE et les autres.
A ce niveau de conscience qui fait entrer dans l’intelligence de l’instant, du choix et de la responsabilité, il est clair que le travail en Vittoz met aussi sur le chemin de « Quel sens donner à sa vie? ». ( Quelle orientation…)
Mme Bron parle de « déchirement […] Il faut oser se quitter en quelque sorte, sans savoir ce qui en résultera, puisque nous n’y avons jamais eu recours précédemment. » (Pratique de la méthode Vittoz.) (exemple : dire à son entourage ce que l’on sent réellement alors qu’on ne l’a jamais fait. « Je ne suis pas d’accord avec la façon dont vous agissez… » peur du rejet, de la critique… A assumer !)
4.4 Autres exemples de résistances :
Nous les relevons dans le mémoire consacré à ce sujet par Claude Berger :
·Refus ou opposition à reconnaître quelque chose de moi que je ne veux pas voir.
·Mettre une distance qui n’est pas juste avec soi-même, par un humour excessif,plus souvent par dérision de soi, ou alors rester spectateur de ce qui nous arrive.
·Projection : ce n’est pas ma faute, mais celle de l’autre. C’est souvent se positionner comme victime.
·Rationalisation : il y a toujours de bonnes raisons pour expliquer telle ou telle situation inconfortable.
·Banalisation : C’est pas si grave que ça.
·Idéalisation : exagérer les valeurs du bon pour se protéger de pulsions potentiellement dangereuses.(idéalisation d’un conjoint, d’un enfant, d’un lieu…)
·Dénégation : ne croyez pas que je pense cela. Je ne suis pas quelqu’un qui…
·Et puis il y a le déni : « moi, je vais bien, je ne suis pas malade… », ne pas reconnaître la réalité de quelque chose pour pouvoir mieux s’en protéger.
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4.5 Et encore… :
Déjà évoquées en session : ( toujours mars 2000)
·Sexualité mal assumée : honte, culpabilité, angoisses, révélées dans la gestuelle, ou « être mal » sous le regard du praticien.
·Ne pas faire les exercices, vouloir en rester à un savoir théorique sans entrer dans l’expérience.
·Douter de la méthode proposée, fuite dans un spirituel mal vécu. |
5. Les effets de la réceptivité :
Nous avons souvent parlé des effets de la réceptivité, notamment : détente, repos, confiance en soi, unité, harmonie, vie au présent, attention renouvelée, etc.
Je vais essayer de développer plus précisément les effets d’une réceptivité ré-éduquée pour :
5.1 JE vis-à-vis de JE :
Notre capacité à recevoir, nous l’avons vu, nous construit, nous structure. Travailler pour rééduquer ou élargir cette capacité nous conduit plus précisément :
- A reconnaître notre unicité :
Nous sommes tous différents et uniques.
Ma façon de recevoir le monde, de l’accueillir est UNIQUE. Même ma façon de vivre la souffrance est UNIQUE.
C’est moi et moi seule qui sens, qui sais ce que je sens.
Personne ne peut sentir à ma place. Il n’y a pas de norme, d’appareil de mesure qui pourrait m’étiqueter par rapport à ma capacité à recevoir. (Vivre cette expérience, conduit à l’affirmation de soi.)
- A prendre conscience de nos limites :
Etre réceptif nous fait prendre conscience que nous ne sommes pas tout puissants.
Que nous sommes limités. Que les limites sont même nécessaires à notre évolution.
C’est une loi de la nature à l’extérieur comme à l’intérieur.
Le fœtus a besoin de la matrice pour grandir.
La terre a besoin de la couche d’ozone pour subsister.
Que de fois entendons-nous des patients qui reconnaissent : « Et bien NON, cette fois, je ne peux plus ! ».
Reconnaissance qu’une limite est nécessaire pour protéger le JE.
C’est prendre conscience de notre humanité avec ses forces et ses faiblesses, ses pauvretés et ses richesses. C’est reconnaître aussi qu’on a des failles.
A un patient qui ne supportait pas de reconnaître en lui des failles et qui dépensait une énergie considérable à être toujours tendu vers un idéal impossible à atteindre, je me suis permis de dire : « C’est dans les failles des rochers que la terre peut s’accumuler, que les graines poussées par le vent peuvent s’installer et fleurir. »
Il a aimé cette image qui lui a permis de continuer à explorer cette partie de lui-même qu’il ne pouvait pas accueillir.
- A accepter le manque :
Renoncer à nos idées chères, à nos principes, à une émissivité débordante, renoncer à nous justifier, à l’idée même d’avoir raison, à régler nos comptes, pour nous mettre en réceptivité et entendre ce que cela génère en nous, peut dans un premier temps nous paraître insupportable.
Comme une aliénation, une amputation avons-nous dit tout à l’heure.
Comme un vide, comme une béance à l’intérieur.
Pourtant, quand le silence intérieur s’installe, quand la bulle émotionnelle se dégonfle, quand les remous intérieurs s’apaisent, nous pouvons faire cette expérience d’accueil d’un espace intérieur d’où montent des informations nouvelles qui me feraient dire : « Tiens ! Je n’y avais pas pensé ! ».
C’est le hors-limites- connues dont je parlais tout à l’heure.
C’est pouvoir ouvrir le chemin du désir, (exemple de la patiente qui reconnaît en elle le désir de ne rien faire…) c’est laisser monter une sève nouvelle qui ne nous fera pas autres mais réellement nous-mêmes.
- A devenir responsable :
Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?
Elargir son champ de conscience, c’est quitter le « faire consciencieusement » ou « faire pour se donner bonne conscience ».
C’est parfois reconnaître que l’on est « enfermé… dehors » !
Qu’il n’y a pas de place dans la vie pour le JE du dedans.
Ne pouvant rien s’approprier, comment l’être pourrait-il donner à partir de lui ?
Cultiver la réceptivité c’est entrer en contact avec nos forces vives, nos besoins, nos désirs, c’est, nous l’avons vu,reconnaître nos manques, nos pauvretés, nos limites.
Qu’est-ce que je vais faire de mes découvertes ?
Pourquoi (en un seul mot) je fais, je donne, je dis oui ou non etc. peut devenir POUR - QUOI ?
C’est l’instant évoqué au début, l’instant du choix et de la responsabilité.
Faire des choix c’est prendre des risques peut-être, mais c’est prendre une responsabilité.
C’est donner une orientation à sa vie,
C’est souvent commencer à lui donner un sens,
C’est commencer à parler au nom de « JE » !
C’est « personnaliser » sa conduite. |
Nous avons tous une « originalité » à découvrir, à faire parfois respecter et donc à développer la hardiesse et l’assurance de soi pour l’assumer.
- A faire alliance entre « le JE du dedans et le JE du dehors » [5] :
Prenons un exemple : la réceptivité permet d’accueillir mon JE du dehors en colère, parce que mon époux ne fait pratiquement jamais les courses !
Après un exercice de réceptivité en rapport avec cette situation, je découvre, en fait, que mon JE du dedans « estime » que mon mari ne sait pas faire les courses… comme je veux !
Et donc que c’est beaucoup mieux fait… si c’est moi ! L’envers de la médaille a parfois beaucoup plus d’importance que l’endroit.
Pouvoir prendre conscience des deux faces de la médaille permet de faire un travail de réconciliation entre les deux facettes de mon JE.
Autres exemples : C’est faire alliance par exemple, entre une fragilité intérieure et un « paraître » fort à l’extérieur, entre une attitude de joyeux luron et une détresse cachée…
C’est créer des liens, pour l’élaboration d’un JE sincère et libre.
C’est relier en soi ce qui est divisé.
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5.2 JE face à un TU :
Le travail de réceptivité qui ME fait découvrir comme un JE, unique, désirant, limité, voué au manque, faillible, responsable etc., m’ouvre les yeux, les oreilles, les sens, à l’autre devant moi.
Et je peux commencer à voir l’autre comme un JE, différent de moi, unique, désirant, limité, voué au manque, faillible, responsable etc.
Mais, justement parce qu’il est unique, il n’a pas les mêmes désirs, les mêmes limites, les mêmes manques, les mêmes failles, la même façon de se sentir responsable parce qu’il ne fait pas les mêmes choix ou n’a pas le même système de valeurs quemoi !
Quand JE commence à prendre sa place par le langage correspondant au champ de conscience atteint, sa parole justement (parce qu’elle est de plus en plus juste), permet à l’autre de sentir que JE lui « donne » la possibilité de prendre la sienne.(La parole situe. Ex : Je me sens coincée dans ce système familial du repas obligatoire dominical et j’aimerais prendre du temps pour moi…
Que puis-je faire ou plutôt en dire ?)
Je dis « possibilité » parce que l’équilibre premier qui fait le NOUS, déstabilisé par le changement de l’un peut perturber l’autre…
« J’ai choisi d’être avec toi PARCE QUE… » ( professionnellement, maritalement, amicalement etc…)
Mais maintenant, est-ce que JE peux continuer le chemin avec toi BIEN QUE…
La rencontre de deux JE n’est pas simplement un système binaire : il y a JE, il y a TU et il y a tellement de choses entre les deux : l’histoire, de la famille, du clan, l’inconscient individuel, collectif …)
Quand nous disions au début que JE est structuré par le monde extérieur, nous pouvons ajouter ici que JE, peut continuer à s’accomplir, à devenir plus COMPLET, plus conscient, plus unifié, parce qu’il a un TU face à lui.
C’est le comportement de l’autre que je reçois et qui « résonne » en moi positivement ou négativement qui fait surgir colère ou joie, jalousie ou valorisation de soi.
L’autre est parfois « l’adversaire nécessaire » pour mon édification, pour mon évolution.
Le mot adversaire peut s’entendre, aussi, comme « autre versant »… de moi ! L’autre, en face de moi, peut réveiller ce versant de moi, endormi, que je ne connaissais pas, que j’avais refoulé, et dont je prends conscience.
J’ai à accueillir les situations de conflits non pas comme une guéguerre mais comme une occasion de grandir à deux.
La colère, la jalousie, … Ce n’est pas l’autre qui met « ça » en moi ? Ces énergies font partie du potentiel présent en chacun de nous. La réceptivité permet de les reconnaître, de les prendre en mains, de les « retourner », pour les mettre au service d’une créativité épanouissante pour soi et pour soi AVEC l’autre.
C’est la réceptivité qui permet de ne pas confondre personne et comportement, qui permet de découvrir l’être derrière le « par-être », qui permet la communication non violente comme nous l’avons vu lors de la session sur la colère.
JE et TU non confondus, permettent l’élaboration d’un NOUS, reflet d’une alliance… d’une « reliance »… Ce terme, qui m’est venu à l’esprit, indique une mise en route, quelque chose en devenir…
C’est un travail au quotidien…
Certain parle d’un sacré travail…
Quand nous évoquions tout à l’heure une verticalisation subtile qui se mettait en place, ne peut-on pas faire le rapprochement avec le nom des premières vertèbres : le sacrum, et dire alors que c’est peut-être un travail sacré qui nous attend ? |
6. L’attitude du thérapeute :
Le praticien est d’abord un JE.
Avec son patient il est avec un TU.
Tout ce qui a été évoqué plus haut concernant le patient peut être repris au compte du praticien.
Mais tout d’abord : si le thérapeute désire faire entrer le patient dans l’expérience de la réceptivité, la moindre des choses est qu’il l’ait lui-même intégrée, et qu’il continue à en faire l’expérience puisque ce n’est jamais fini !
Tout est toujours nouveau pour qui sait se rendre disponible au mystère de l’instant.
6.1 JE suis unique :
J’ai à ma disposition une méthode que j’apprécie, dont je découvre au fur et à mesure de ma pratique les bienfaits mais aussi les limites.
Cette méthode que j’enseigne, elle « passe par le filtre » de ce que je suis, et ma façon de la présenter au patient est le reflet de comment je l’ai intégrée.
Cette intégration, cette appropriation de la méthode permet de ne pas en être esclave mais plutôt au service d’une expérience initiante pour soi et pour les patients . Simplicité, Souplesse et Sincérité, (« les 3S »), c’est aussi pour le thérapeute.
6.2 JE suis limité :
Reconnaître nos limites n’est pas un handicap mais plutôt un gage de sécurité pour nos patients.
Nous ne pouvons les emmener que là où nous sommes allés.
Le chemin est forcément long. Chemin de métamorphose et de maturation où chaque marche de l’échelle « vertébrale » n’est pas une limite définitive, mais une limite à dépasser, à la mesure du désir d’avoir accès à soi.
6.3 J’ai à accepter le manque :
N’être pas tout pour le patient.
Prendre soin de l’autre n’est pas le prendre en charge.
Vouloir lui enlever sa souffrance serait lui enlever une part du chemin qu’il a à faire.
Entendre parfois que ce qui lui fait mal, ne lui fait pas forcément tort…
Bien sûr ce travail nous apporte beaucoup et sans nos patients nous n’existerions pas en tant que thérapeute.
Mais nous n’avons pas à être comblés par nos patients.
Nous devons être réceptifs à ce qui est le meilleur pour la personne qui vient nous voir, et ce n’est peut-être pas le Vittoz… C’est la « laisser aller », quand le moment est venu, vers l’autonomie… sans nous !
Accepter de manquer… de patients.
Laisser la Vie nous parler et entendre.
6.4 Le patient est « TU » en face de moi :
Il est aussi un JE .
Tout ce que nous avons vu tout à l’heure à propos de JE et TU peut être repris ici.
Nous avons à « consentir » au chemin de notre patient.
A nous sentir AVEC lui, à ne pas avoir de projet sur lui, à ne pas « projeter » quelque chose de nous sur lui. L’accompagnement en supervision est nécessaire pour ne pas nous enfermer dans notre petit monde, avec notre petit moi.
La réceptivité à moi-même, dans la relation thérapeutique, me permet d’être à l’écoute des émotions, des mouvements intérieurs que provoquent en moi cette rencontre et donc de nommer le contre-transfert qui répond au transfert du patient sur moi.
6.5 Pour terminer :
La réceptivité permettant de renouveler l’attention, nous terminerons en évoquant l’attention que nous pouvons porter à trois attitudes qui me paraissent essentielles : pratiquer la circoncision, la chasteté, l’humilité.
La circoncision. Du langage… et du cœur.
Cela va plus loin que la concision du langage.
Elle permet d’instaurer des espaces de silence, pour que le patient puisse, dans sa chair, vivre ses émotions, pour ensuite les libérer par la parole et ainsi se libérer lui-même.
Nous avons à l’accompagner à son rythme, à la mesure de ses prises de conscience, à la mesure de ses résistances, voire de ses refus. Cela demande de la patience, cela demande du temps.
La chasteté. Qui n’est pas ici, la continence au niveau sexuel qui figure dans notre code de déontologie.
Le mot chasteté est pris ici comme étymologiquement le contraire de : inceste.
C’est sortir de l’état fusionnel, de la confusion originelle, où la différence n’existe pas.
Cet état fusionnel est unmonde où le temps et l’espace n’existent pas, un monde de coïncidences, sans faille, sans rupture, sans différence, ou l’échec ne peut pas exister.
C’est accepter, au contraire, un monde de séparation où l’on peut construire sa relation à l’autre dans la différence qui structure.
C’est se refuser à une volonté de transparence qui voudrait tout dire de soi ou tout savoir de l’autre.
JE L’AUTRE :
Le mystère de chacun
L’humilité. Elle n’est pas le fait de s’écraser ou ignorance de ce que l’on est.
Elle est réceptivité à une façon d’être juste entre impuissance et audace, entre force et faiblesse, entre pesanteur et grâce, entre notre part et celle de l’autre.
Elle est de sentir plus « justement » quelle est notre vraie place, ici et maintenant et de l’accepter.
[1] « Le MOI est à la fois le siège et l’ensemble des motivations, des perceptions, de la conscience et des actions de l’individu, qui conditionne son adaptation à la réalité. Ce n’est pas une entité psychique, mais un processus, qui englobe la conscience etqui est aussi pour une grande part inconscient. » ( Cf dictionnaire de psychologie)
« Le JE est le niveau de conscience d’existence et d’être en relation au monde. C’est le lieu de la décision. (M.LIEGEOIS – session sur la sexualité. – Le Mans )
[2] Remarque de F. Cousin : JE me sens…. JE est sujet, MOI est objet !
[3] François Paul Ledoux – L’unité de la personne par le développement de la réceptivité - Thèse de doctorat en médecine (21-02-1930 Paris) – p. 13
[4] Roger Vittoz – Notes et pensées (1955) - Editions Téqui (1992) - p.69
[5] Expression utilisée par J. Casterman dans : Les Leçons de Durckheim.
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